Burkina Faso : « Apprendre pour changer » et contrer l’analphabétisme des femmes

Crédit photo : AEA

Selon l’UNESCO, l’Afrique subsaharienne compte les taux d’exclusion de l’éducation les plus élevés du monde : plus d’1/5e des 6 à 11 ans ; 1/3 des 12 à 14 ans ; et près de 60% des 15 à 17 ans ne sont pas scolarisés. Et, même quand enfants et jeunes ont accès à l’éducation, la qualité de l’enseignement reçu n’est pas toujours au rendez-vous. Et pour causes : les classes multi-niveaux (multigrades) sont généralement surchargées et se superposent à un manque d’enseignants qualifiés ; les écoles manquent de matériels et de manuels scolaires, ainsi que d’équipements de base comme, par exemple, l’accès à l’électricité et à l’eau potable. Dans cette partie du monde, la situation de l’éducation des filles et des femmes est particulièrement critique. En effet, 9 millions de filles âgées de 6 à 11 ans n’iront jamais à l’école ; 36% des adolescentes ne sont pas scolarisées ; le taux d’alphabétisation des femmes ne dépasse pas les 50%, voire 20% dans certains pays de la zone, ce qui a un impact sur elles, mais aussi sur la scolarisation de leurs enfants et, particulièrement, de leurs filles.

Améliorer le taux d’alphabétisation : un défi du Burkina Faso

Si pour Aide et Action l’accès à l’éducation des femmes et des filles est un axe d’intervention majeur dans le monde, c’est particulièrement vrai pour les projets que nous menons en Afrique et notamment au Burkina Faso, un pays confronté, depuis plusieurs années, à une nette dégradation sécuritaire et à un ralentissement de sa croissance économique. Alors que 45% de la population burkinabé est âgée de moins de 14 ans et que la scolarité est obligatoire de 6 à 16 ans, les taux de scolarisation des filles sont encore plus dégradés qu’ailleurs : 51% des filles et 47% des adolescentes sont exclues de l’éducation et près de 3,5 millions de femmes (58% de la population adulte) sont analphabètes.

Présente au Burkina Faso depuis 2001, Aide et Action a donc fait de l’alphabétisation et de l’autonomisation des femmes une priorité. Depuis 2015, en partenariat avec la Fondation l’Occitane et la Fédération NUNUNA, et en collaboration avec les communautés locales, le projet « Apprendre Pour Changer » (APC) a pour objectifs de favoriser l’émancipation économique et sociale des femmes ; d’augmenter d’au moins 50% le nombre de femmes alphabétisées ; de contribuer à améliorer leurs revenus grâce à la mise en place d’activités génératrices de revenus ; et de renforcer leurs capacités organisationnelles en vue de l’autonomisation et la pérennisation des centres d’alphabétisation.

L’autonomisation des femmes : une priorité

Dans la région du centre-ouest du pays, cinq groupements de femmes des villages de Gallo, Sapouy, Gao et Oupon,  dans la province du Ziro, ainsi que du village de Lan, dans la province de la Sissili, bénéficient de sessions d’alphabétisation au sein de centres dédiés, construits et équipés (fournitures et matériel didactique) par Aide et Action. En parallèle, des activités génératrices de revenus ont été développées afin – à terme – d’autofinancer le fonctionnement de ces centres pour que de nouvelles femmes puissent y être accueillies et de potentiellement accroître les capacités économiques individuelles des bénéficiaires. Ce sont les femmes elles-mêmes qui ont identifié les activités économiques qu’elles souhaitaient mener. Ainsi, à Gallo et à Oupon, elles ont choisi l’apiculture ; l’étuvage de riz  à Lan ; à Gao, elles ont opté pour le petit élevage. Les femmes sont formées, les matériels nécessaires leur sont fournis et elles sont suivies et accompagnées.

Rosine TRAORE, directrice d’Aide et Action au Burkina Faso, détaille : « En tant que femme, je trouve que ce projet est très important. La majorité des femmes burkinabés n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Conséquence, le taux d’analphabétisme féminin et la pauvreté des femmes en milieu rural sont aujourd’hui très élevés dans le pays. Le non – ou faible – accès des femmes aux facteurs de production est un frein à leur autonomisation. APC (le projet Apprendre Pour Changer) permet d’améliorer leur condition, notamment socio-économique. Les sessions d’alphabétisation leur permettent d’acquérir et de développer des compétences de base, comme savoir lire, écrire et compter. Ce qui est appris et acquis est ensuite directement réutilisable dans les activités génératrices de revenus et une partie des revenus obtenus sert  à pourvoir aux besoins de la famille et à la scolarisation des enfants. C’est un projet très fonctionnel. »

Entre 2016 et 2018, grâce au projet APC, quatre centres d’alphabétisation ont été construits et équipés ; un autre centre a été équipé. Trois campagnes d’alphabétisation de six mois chacune ont été organisées et 122 femmes en ont bénéficié. Ces dernières témoignent de l’impact d’APC sur leur vie quotidienne, mais aussi sur leur estime de soi : « Je fixe moi-même le prix de ce que je vends au marché et je ne me fais plus avoir (…) Je peux me servir seule de mon téléphone portable, sans avoir à demander de l’aide (…) J’ai davantage confiance en moi, je vais plus facilement vers les autres (…) Je sais écrire mon nom et ça me donne le sentiment d’exister encore plus qu’avant ».

Encore au-delà, APC a un impact sur la scolarisation des enfants : « C’est très important que mes enfants aillent à l’école, qu’ils aient la chance que nous n’avons pas eue (…) Désormais, je peux suivre leur scolarité, comprendre leurs notes, savoir s’ils ont bien travaillé ou pas. Avant, je n’aurais pas su l’évaluer. Aujourd’hui, je peux aller voir leur enseignant pour comprendre et aider mes enfants à la maison ».

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