Le Consortium pour les enfants déscolarisés du Cambodge, mené par Aide et Action, a déjà réintégré 57’000 enfants à l’école après moins de trois ans

Imaginez-vous traverser une rue, à Genève ou à Zürich, où se trouve une école primaire. Vous apercevez une trentaine d’enfants en train de jouer dans la cour, ravis de profiter de leur pause matinale. Cette image vous est sans doute habituelle ; peut-être même que votre ou vos enfants font partie de ce jeune groupe d’élèves.

Au Cambodge, la situation est hélas bien différente. Dans ce pays, l’exclusion continue de toucher plus de 300’000 enfants entre 6 et 15 ans. Un enfant sur sept en âge d’aller à l’école y est actuellement déscolarisé, en raison de son handicap, de l’extrême pauvreté de sa famille, du fait qu’il est issu d’une minorité ethnique marginalisée, ou encore s’il vient d’une région reculée du pays, où l’accès à l’éducation est fortement compromis par l’absence d’infrastructures scolaires et de personnel enseignant.


Un enfant des rues errant dans une décharge,
à la recherche de nourriture
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Un consortium d’organisations pour réintégrer les enfants déscolarisés

En novembre 2014, Aide et Action et 16 autres organisations de développement actives au Cambodge se sont organisées en consortium, avec la mission de répondre à ce besoin extrême de réintégration des enfants déscolarisés, tout en identifiant et en agissant sur les causes profondes du phénomène. Consciente de l’urgence de la situation, et convaincue de la solidité du projet, la Fondation Education Above All, à travers son programme Educate a Child, a apporté un soutien financier au projet sur trois ans, et désigné Aide et Action pour piloter et coordonner les activités du Cambodian Consortium for Out of School Children (CCOSC). Il s’agit d’une initiative sans précédent pour relever l’un des grands défis éducatifs du pays.

Et en ce mois de septembre, nous avons une bonne nouvelle à partager avec vous ! L’objectif principal de cette phase était de faire réintégrer 57’000 enfants déscolarisés à l’école. Il vient d’être atteint, avec deux mois d’avance. Belle preuve, chiffres à l’appui, de l’efficacité de l’action du consortium sous le leadership d’Aide et Action, et une magnifique nouvelle pour les enfants nouvellement rescolarisés et leurs familles. D’ici à novembre, nous devrions avoir dépassé les 60’000 enfants rescolarisés. C’est un peu comme si, en Suisse, 2’000 salles de classes supplémentaires avaient été ouvertes ou aménagées pour accueillir 30 enfants par classe !


Dans nos centres spécialisés, les enfants suivent des cours
dans des conditions sanitaires optimales
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Plusieurs domaines de spécialisation parmi ses membres

Bien sûr, derrière cette action d’envergure nationale se trouve un dispositif de projet bien défini. Les membres du consortium jouissent de domaines d’expertise variés, allant de l’éducation à la protection de l’enfance, en passant par le handicap et le plaidoyer pour la défense des droits des minorités. Ces domaines de spécialisation se complètent l’un l’autre, car ils sont profondément liés, et permettent une intervention à différents niveaux. En tant que bureau de coordination des activités, Aide et Action apporte non seulement son expertise éducative, mais met également à disposition son fort ancrage local et sa crédibilité auprès des autorités publiques, pour gérer l’avancée du programme sur l’ensemble du territoire.

Cette action se décline en cinq grands volets : le handicap, les minorités ethniques, les enfants des rues, les enfants issus de régions isolées et reculées, et les enfants en situation d’important retard scolaire (trois ans et plus). Ces catégories d’enfants présentent d’inquiétants taux de déscolarisation, car ceux-ci souffrent d’une forte marginalisation dans la société cambodgienne, multipliant exponentiellement les risques d’échec et d’abandon scolaire (hormis le retard, qui est plutôt une conséquence de la marginalisation et de l’exclusion qui en découle).


Des enfants handicapés apprennent par le jeu
dans des classes spécialisées
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Les besoins des enfants touchés par le projet, et nos activités

Un enfant en situation de handicap, par exemple, est souvent considéré comme un mauvais présage par sa famille, et littéralement « caché », maintenu isolé dans le domicile familial. Un enfant des rues, quant à lui, est quotidiennement exposé à la violence, aux abus sexuels, et à la maladie. Un enfant issu d’une minorité ethnique courra d’autant plus de risques de souffrir de discrimination, et d’être né dans une famille pauvre et défavorisée, condamnée à l’illettrisme, sans la moindre idée de l’importance cruciale que joue l’éducation dans l’émancipation socio-économique de sa descendance.

Aide et Action est particulièrement impliquée dans l’éducation des enfants en situation de handicap et des enfants des rues au Cambodge, et met en œuvre des projets dans ces domaines depuis plus d’une décennie. Notre expérience et nos résultats nous ont naturellement conduits à jouer un rôle moteur sur ces fronts à l’intérieur du consortium. Nos activités pour les enfants handicapés incluent des aménagements de rampes pour faciliter l’accès des enfants à l’école, des distributions de bourses et de kits scolaires, la formation des enseignants à des méthodes pédagogiques adaptées (comme l’apprentissage par le jeu et la création artistique) et, bien sûr, la sensibilisation de leurs parents à l’importance de l’éducation. Selon si le handicap est modéré ou sévère, différentes classes spécialisées sont aménagées dans les écoles ou dans des centres dédiés.


Les enfants ont accès à des repas équilibrés le midi

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Nos activités pour les enfants de rues reposent également sur la sensibilisation des familles, et sur une compréhension du lien entre éducation, liberté, et ascension socio-économique. Une fois que les enfants des rues sont identifiés par nos équipes et intégrés dans des centres spécialisés, ils bénéficient de trois types d’actions : l’instruction, adaptée et parfois en accéléré, avec pour objectif une réintégration dans le système public après un à trois ans ; la nutrition, avec des repas équilibrés chaque midi dans les centres ; et la santé et l’hygiène, avec un suivi régulier effectué auprès de chaque enfant, accompagné de bilans de santé, avec l’assurance que les enfants puissent se préparer à la réintégration en école publique dans les meilleures conditions possibles.

L’histoire de Komsat, enfant réintégré à l’école par Aide et Action

Parfois, les familles sont tellement démunies qu’elles doivent vivre avec moins de deux dollars par jour. Elles ont besoin d’un soutien matériel de notre part, notamment par l’achat de fournitures scolaires, de médicaments, et de nourriture, éléments essentiel d’un bon développement infantile, mais souvent trop chers, malheureusement. C’était le cas des parents de Komsat Pisey, jeune cambodgienne de 13 ans, passionnée par l’anglais dès son plus jeune âge, qui avait dû abandonner ses études en 2014. Sa famille, vivant dans la misère la plus totale, avait alors déménagé de Battambang vers Poipet, au nord-ouest du Cambodge, avec l’espoir d’y trouver du travail et une vie décente.


La joie d’enfants qui, comme Komsat, on pu retrouver
une salle de classe grâce à notre action

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Les parents de Komsat, tous deux illettrés et sans qualification, sont resté exposés à la même marginalisation extrême qu’auparavant. Cela n’illustre-t-il pas déjà à quel point l’éducation est importante pour briser le cercle vicieux de l’exclusion ? Sans le sou, ils n’avaient pas pu couvrir les frais de scolarité de leur fille, la faisant ainsi rater une année entière de cours. Komsat a beaucoup souffert de cette privation de savoir, et de l’impossibilité de se faire des amis dans une nouvelle cour d’école.

Pourtant, aujourd’hui, tout a changé pour elle. Aide et Action l’a identifiée en 2015, et a convaincu ses parents de la faire intégrer dans un centre proche de Poipet. Elle suit actuellement un programme en accéléré, afin de rattraper son retard, et peut même prendre des cours en informatique et en anglais, sa passion de toujours. « Mes parents ne pouvaient pas payer ma scolarité, ni le matériel dont j’avais besoin, ni les médicaments de base, » nous raconte-elle aujourd’hui. « Je me suis retrouvée exclue de l’école, et je commençais à perdre l’espoir d’y retourner un jour. C’est vraiment grâce à Aide et Action que j’ai pu réaliser ce rêve. »

Notre objectif : 100’000 enfants de plus rescolarisés à l’horizon 2020

Les enseignements tirés de cette étape vont nous permettre d’envisager l’intégration de 100’000 enfants supplémentaires d’ici 2020. Tant qu’il restera des enfants sans espoir de retrouver une salle de classe, cloîtrés chez eux au mois de septembre en espérant des jours meilleurs, pendant que les autres profitent de leur rentrée, Aide et Action continuera son effort.

Si vous aussi, vous souhaitez offrir un futur aux enfants déscolarisés du Cambodge, cliquez sur le bouton ci-dessous pour faire un don à Aide et Action !

Pour en savoir plus sur notre action pour les enfants déscolarisés du Cambodge, découvrez ici notre projet pour les enfants en situation de handicap, et notre projet pour les enfants des rues, tous deux mis en oeuvre à l’intérieur du dispositif programmatique du consortium.