Qu’est ce qu’une classe de la seconde chance au Niger ?
La classe de la deuxième chance (C2C) est une expérience inédite dans le domaine de l’éducation au Niger. Elle a vu le jour dans le département de Mirriah en 2002 grâce à un partenariat entre la Coopération Française (à travers le Projet "Appui à la Dynamisation de l’Education au Niger") et l’ONG Aide et Action. L’objectif était d’appuyer le gouvernement nigérien dans la mise en œuvre de son programme décennal de développement de l’éducation (PDDE) notamment le volet : universalisation de l’éducation de base à l’horizon 2015.
À partir de 2002 et grâce à cette initiative, ADEN et Aide et Action ont contribué à relever de manière assez significative le Taux Brut de Scolarisation dans le département de Mirriah, à travers une intense campagne de sensibilisation dans la zone rurale.
Les raisons de la création des classes de la seconde chance
1. Volonté politique de l’Etat Nigérien de voir élargir l’univers des innovations pédagogiques
2. Mise en place d’une approche pédagogique novatrice de qualité
3. Provoquer une réflexion sur la durée du cycle de base I
4. Accroître le taux brut de scolarisation au niveau du département de Mirriah
5. Renforcer les capacités de l’école à répondre aux besoins éducatifs et de développements des communautés
Les Classes de la Seconde Chance sont une réponse à un constat ressorti lors d’un diagnostic diligenté par AEA et ADEN. Ce dernier a relevé la marginalisation d’une frange assez importante de la population par rapport à l’éducation. En effet, chaque classe de CI qui s’ouvrait ne concernait que des enfants âgés de 6/8 ans.
En réponse, ADEN et Aide et Action ont songé à offrir aux enfants âgés de 9 à 13 ans l’opportunité d’aller à l’école ; ce qui les a motivés à ouvrir 17 classes dans 17 villages qui ont accepté d’abriter l’expérimentation de ces classes dites de la seconde chance classe.
Quels sont les principaux acteurs ?
Le Ministère de l’Education de Base et de l’Alphabétisation
L’Ambassade de France à travers le Projet ‘Appui à la Dynamisation de l’Education au Niger’
La Direction Régionale de l’Éducation de Base de Zinder
L’Inspection de l’Enseignement de Cycle de Base I
Aide et Action Niger
Les éducateurs
L’ONG Rassemblement Actif des Retraités de l’Éducation (RARE)
L’ONG VIE
La Communauté
Les élèves
La mise en œuvre des Classes de la 2nde Chance
L’emploi du temps de ces classes de seconde chance est négocié avec les parents pour tenir compte de leurs sollicitations car les enfants constituent une main d’œuvre dont il ne faut pas priver la communauté. L’enseignement est conduit d’abord en haoussa (langue de la localité) avec introduction progressive à l’oral puis à l’écrit du français.
Après les séances de sensibilisation des communautés pour le recrutement des élèves, un test de recrutement d’enseignants ayant au moins un niveau terminal est organisé. Une formation initiale d’un mois est dispensée aux 25 candidats retenus. Elle est assurée par les ATF (Assistants Techniques Français) de ADEN, les agents de Aide et Action, l’ONG VIE et l’ONG RARE.
Des suivis terrain accompagnés de séries de formations continues sont programmés pour renforcer les capacités de ces enseignants.
Activités pratiques
Le cycle est de trois ans au lieu de six ans compte tenu de l’âge et de l’expérience de vie acquise par ces jeunes à travers les activités menées. En effet, l’on se base sur la maturité de ces jeunes (9/13 ans), sur leurs savoirs acquis dans le milieu familial et communautaire.
Parallèlement à l’enseignement des disciplines scolaires, des activités pratiques programmées et dispensées ont contribué à améliorer les compétences de ces jeunes enfants en agriculture, élevage, pêche, commerce, protection de l’environnement. C’est ainsi que 3 fours à pain, 17 mini pépinières, 17 champs d’essai ont vu le jour.
Les résultats
Le rehaussement du TBS dans le département de Mirriah : de 16% en 2000 à 39,69% en 2005
Un taux de réussite de 72,61 % au CFEPD
Un niveau d’acquisition en français équivalent à celui des élèves de la même tranche d’âge des écoles traditionnelles
L’adaptation de l’emploi du temps aux réalités locales
L'entrée dans les apprentissages par les langues nationales
- L’intégration des élèves de seconde chance dans les classes traditionnelles ou classiques
Après 3 ans d’études, 91 candidats sur les 145 enfants poursuivant le cours en juillet 2005 ont été présentés dans les mêmes conditions que les élèves ayant suivi le cycle normal de 6 ans. 61 sont admis au C.F.E.P.D. Parmi eux, 57 suivent régulièrement les cours au collège et les 4 autres élèves (1 fille et 3 garçons) ont choisi de suivre une formation professionnelle en couture et menuiserie auprès des artisans qualifiés. Actuellement le processus pour cette formation est enclenché et Aide et Action est sollicité pour leur formation auprès des artisans spécialisés et qualifiés.
Les difficultés
L’inexistence d’un programme pré-établi permettant aux éducateurs d’avancer sans trop de difficultés
Le manque de manuels adaptés aux orientations de l’expérimentation
La cohabitation avec les classes traditionnelles qui pose toujours un problème d’équité et d’adaptation
Les contraintes de survie (eau, sécurité alimentaire) conduisant à l’exode et ayant provoqué la fermeture de 3 classes
Les difficultés pour scolariser les jeunes filles de cet âge qui explique le faible taux des filles dans l’effectif (15%)
Les perspectives
La plupart des admis au CFEPD (57/61) entreprennent des études secondaires au collège d’enseignement général (CEG) et les 4 autres ont un projet de vie qui sera concrétisé par une formation professionnelle qui leur permettra d’apprendre un métier.
Les élèves non admis sont, de commun accord avec la Direction Régionale de l’Education de Base et de l’Alphabétisation et l’Inspection de l’Education de Base de Mirriah, reintégrés dans le cycle classique.
Les enseignants ont été réintégrés parmi les contractuels de l'éducation et les relais pourront suivre ces jeunes.
En conclusion et au regard des résultats atteints par les classes de seconde chance, il s'avère indispensable d'étendre cette expérience aux autres zones d'intervention d'Aide et Action. Les autres partenaires de l'éducation devraient également s'inspirer de cette expérience pour l'étendre au niveau national afin de donner une seconde chance à une frange importante de jeunes non scolarisés.
(Sous Bureau A&A de Mirriah avec l’appui technique de l’ONG RARE /Mirriah)