Zhang Qin est l’un des courageux collaborateurs d’Aide et Action en Chine. Malgré les très grandes difficultés que doit affronter son pays depuis le tremblement de terre du 12 mai, il a trouvé le temps de répondre à nos questions et nous laisse entrevoir l’étendue du désastre au travers de ces quelques lignes. (Traduit de l’anglais)
Comment est-ce que le tremblement de terre au Sichuan a pesé dur les activités d’AeA ?
Le tremblement de terre a eu un énorme impact sur notre travail en Chine.
Le bureau d’AeA Chine se trouve justement au Sichuan qui est la zone qui a été le plus durement touchée. Il faudra du temps pour tout reconstruire. En tant qu’organisation internationale, nous devons investir sans attendre tous nos efforts dans la reconstruction, car si nous ne le faisons pas nous ne pourrons pas par la suite persuader d’autres entités - à savoir le gouvernement, d’autres ONG et les donateurs - que nous avons l’expérience requise pour affronter de telles situations. C’est pourquoi depuis le 15 mai tous nos employés en Chine ont été impliqués dans l’effort de reconstruction en mettant sur pied plus spécialement l’assistance scolaire et un centre de vacances pour les enfants sinistrés. Nous ne travaillons pas seulement avec nos partenaires, mais également de notre propre initiative tout en continuant à faire de notre mieux pour trouver des donateurs. Le manque de personnel et de fonds est notre plus grand problème. Mis à part le programme d’alphabétisation des femmes, les autres programmes ont été suspendus faute de moyens. Nos partenaires sont confrontés aux mêmes problèmes. La plupart de leurs employés ont travaillé sur les programmes post tremblement de terre et il n’y a que très peu de personnes pour poursuirvre les programmes qui étaient supposés se terminer en 2008, par exemple l’atelier migrants.
Quels plans avez-vous fait pour faire face à l’urgence ?
Nous avons mis sur pied le programme « Camp d’été Nouvelle Vie » qui est prévu pour durer cinq mois dans cinq écoles / communautés différentes. Les enfants de la zone sinistrée auront un été mémorable, en toute sécurité. En même temps, nous assisterons ces cinq collectivités dans le rétablissement de leurs infrastructures les plus urgentes et, après les vacances d’été, nous ferons un bilan que nous utiliserons pour notre promotion multimedia.
Nous voulons également améliorer l’encadrement et la formation de nos volontaires. Comme nous le prouve notre récente expérience dans les opérations de sauvetage, des professionnels disciplinés sont plus utiles et efficaces et cela est valable pour toutes les ONG.
Comment voyez-vous le rôle d’AeA en Chine à l’avenir?
En Chine AeA est considérée comme une organisation d’intervention et de recherche. Nous réalisons des programmes expérimentaux dans différents domaines en essayant de faire la synthèse de nos expériences et de nous proposer comme partie prenante pour des activités de recherche ou des actions pédagogiques. Nous pourrions devenir un centre de ressources avec l’aide d’autres sections et du bureau central.
Juillet 2008
A l'occasion des 20 ans de présence d'Aide et Action au Sénégal, nous avons interviewé 2 acteurs importants dans le domaine de l'éducation.
Interview de Yoro Fall, inspecteur de l’Education de Vélingara (Sud du Sénégal). 13 juin 2008
AeA : Quel était l’état de l’éducation au Sénégal il y a vingt ans ?
Y F : La situation était marquée par un retard important de la scolarisation avec un taux de 42% au niveau national et de seulement 30 % en zone rurale. Les problèmes étaient liés à l’accès des enfants à l’école dû au manque de structures scolaires, à l’insuffisance du temps passé à l’école et au manque de matériel. L’offre éducative était inadéquate et la mobilisation de la population insuffisante. A l’heure actuelle, le Plan décennal d’éducation vise la scolarisation universelle à l’horizon 2010.
AeA : Quelles sont les problématiques que A eA a voulu adresser pendant ces vingt ans ?
YF : AeA a agi principalement autour de trois axes : l’accès à l’éducation de base pour tous et particulièrement en zone rurale par le biais de la construction d’écoles, la réduction du taux d’analphabétisme des femmes et de la disparité entre garçons et filles ; deuxièmement la qualité avec l’amélioration de la pratique pédagogique, le suivi des apprentissages par des évaluations standardisées ainsi que l’encadrement des enseignants ; enfin la gestion de l’éducation par la mise en place de structure de co-gestion et par l’accompagnement des collectivités locales dans la gestion de la décentralisation de l’éducation.
AeA : Quels sont les changements marquants dus à l’apport d’Aide et Action ?
YF : L’environnement scolaire a été amélioré grâce à de meilleurs équipements, le nombre de classes et d’écoles a augmenté ainsi que le taux de scolarisation qui est passé de 42% en 1988 à 75% en 2008. En outre l’accès des filles a progressé et l’offre éducative s’est diversifiée et nous avons constaté une amélioration des résultats scolaires. En outre l’école est mieux intégrée à son milieu, les communautés sont impliquées dans la co-gestion de l’école et les collectivités locales sont devenues plus conscientes de l’impact de l’école.
AeA : Quels sont les problèmes cruciaux qui restent à appréhender au Sénégal ?
YF : La prise en charge des exclus, à savoir les handicapés et les enfants en situation difficile, est un point important qu’il reste à adresser. Concernant la disparité entre garçon et filles, il faut mettre l’accent sur la réussite des filles à l’école. Il faut encore améliorer l’environnement scolaire et renforcer les capacités des acteurs locaux en mobilisant davantage de ressources pour l’éducation. Il faudrait améliorer le taux de réussite aux examens du primaire qui est de l’ordre de 50-70% ainsi que le taux d’achèvement qui est de 56% toujours dans le primaire actuellement.
AeA : Comment voyez-vous l’avenir de l’éducation dans votre pays ?
YF : Il est important de prendre en compte toutes les formes d’éducation y compris l’éducation religieuse. Il faudrait mettre en place des formations qualifiantes après le cycle fondamental afin d’insérer les jeunes dans la vie active. Il faut procéder à une décentralisation effective du système éducatif et à mon sens il serait important d’augmenter la part du budget national consacrée à l’éducation qui est pour l’heure autour de 41%.
Interview de Hamidou Soukouna, coordonnateur national d’Aide et Action Sénégal. 13 juin 2008
AeA : Quel était l’état de l’éducation au Sénégal il y a vingt ans ?
Hamidou Soukouna : C’était un contexte de crise car la réforme du système éducatif prônée par l’Etat sénégalais fut contrée par les directives du FMI et de la Banque Mondiale qui voyaient en l’éducation un secteur improductif. Nous avons donc assisté à la baisse de la scolarisation jusque vers le milieu des années 90.
AeA : Et actuellement quelle est la situation ?
HS : L’éducation est redevenue une priorité de l’Etat sénégalais et AeA s’oriente en particulier vers l’éducation pour les enfants exclus et l’amélioration de la qualité des enseignements. Il faut savoir que si 86% des enfants sont scolarisés il reste tout de même un 14% d’enfants qui n’ont toujours pas accès à l’école. Ce sont des filles, des enfants vivant dans des hameaux à la campagne, des enfants handicapés, des enfants forcés de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille et enfin des enfants dont les parents ne veulent pas de l’école avec ses contenus actuels et qui préfèrent donner à leurs enfants une éducation religieuse. La qualité de l’éducation et la scolarisation de ces exclus constituent les premières priorités d’AeA.
Il faut en effet redéfinir quels sont les contenus et la finalité de l’éducation. Il faut aussi mener des actions de plaidoyer en faveur des exclus.
Ae A : Quel a été le premier projet d’AeA au Sénégal ?
HS : AeA s’est implantée dans la région de Kolda à environ 500 km de Dakar. Les infrastructures étaient absentes : il a fallu construire des écoles, amener des manuels et des fournitures scolaires. La première équipe d’AeA intégrait une équipe de génie civil bien étoffée !
AeA : Quel est le rôle d’AeA à l’heure actuelle ?
HS : AeA contribue à la promotion d’une éducation de qualité pour tous les enfants, filles et garçons y compris ceux qui sont exclus du système éducatif ou qui sont en situation difficile.
Pour cela, elle noue des partenariats, accompagne les acteurs de l’éducation et met en œuvre des actions de plaidoyer. Par ailleurs elle cherche à favoriser le dialogue politique sur les questions éducative..
Actuellement, AeA a deux grands projets en cours. Le premier réalisé en collaboration avec le Ministère de l’éducation et l’AFD concerne les banlieues de Dakar et touche environ 400 écoles pour un budget global de 8.6 milliards de francs CFA. Le deuxième concerne la région de Kolda où, en partenariat avec l’UNICEF, AeA tente d’améliorer l’environnement scolaire d’une centaine d’écoles en aménageant des puits, des latrines, des cantines scolaires et des jardins tout en formant les enseignants à l’intégration de compétence de vie courante dans les apprentissages.
AeA : Comment voyez-vous l’avenir ?
HS : Il faut qu’il y ait une volonté politique d’aplanir les désaccords entre Etat et syndicats sur la situation de l’éducation. Il faut trouver un consensus national sur l’éducation et arriver à établir un pacte social. Il faut notamment revoir la qualité de l’éducation primaire car beaucoup d’enfants sortent du système sans formation adéquate. Il faudrait mettre en place des filières de formation parallèles afin de garantir l’insertion dans la vie active de ces enfants.