AeA : Quel était l’état de l’éducation au Sénégal il y a vingt ans ? Hamidou Soukouna : C’était un contexte de crise car la réforme du système éducatif prônée par l’Etat sénégalais fut contrée par les directives du FMI et de la Banque Mondiale qui voyaient en l’éducation un secteur improductif. Nous avons donc assisté à la baisse de la scolarisation jusque vers le milieu des années 90. AeA : Et actuellement quelle est la situation ? HS : L’éducation est redevenue une priorité de l’Etat sénégalais et AeA s’oriente en particulier vers l’éducation pour les enfants exclus et l’amélioration de la qualité des enseignements. Il faut savoir que si 86% des enfants sont scolarisés il reste tout de même un 14% d’enfants qui n’ont toujours pas accès à l’école. Ce sont des filles, des enfants vivant dans des hameaux à la campagne, des enfants handicapés, des enfants forcés de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille et enfin des enfants dont les parents ne veulent pas de l’école avec ses contenus actuels et qui préfèrent donner à leurs enfants une éducation religieuse. La qualité de l’éducation et la scolarisation de ces exclus constituent les premières priorités d’AeA. Il faut en effet redéfinir quels sont les contenus et la finalité de l’éducation. Il faut aussi mener des actions de plaidoyer en faveur des exclus. Ae A : Quel a été le premier projet d’AeA au Sénégal ? HS : AeA s’est implantée dans la région de Kolda à environ 500 km de Dakar. Les infrastructures étaient absentes : il a fallu construire des écoles, amener des manuels et des fournitures scolaires. La première équipe d’AeA intégrait une équipe de génie civil bien étoffée ! AeA : Quel est le rôle d’AeA à l’heure actuelle ? HS : AeA contribue à la promotion d’une éducation de qualité pour tous les enfants, filles et garçons y compris ceux qui sont exclus du système éducatif ou qui sont en situation difficile. Pour cela, elle noue des partenariats, accompagne les acteurs de l’éducation et met en œuvre des actions de plaidoyer. Par ailleurs elle cherche à favoriser le dialogue politique sur les questions éducative..
Actuellement, AeA a deux grands projets en cours. Le premier réalisé en collaboration avec le Ministère de l’éducation et l’AFD concerne les banlieues de Dakar et touche environ 400 écoles pour un budget global de 8.6 milliards de francs CFA. Le deuxième concerne la région de Kolda où, en partenariat avec l’UNICEF, AeA tente d’améliorer l’environnement scolaire d’une centaine d’écoles en aménageant des puits, des latrines, des cantines scolaires et des jardins tout en formant les enseignants à l’intégration de compétence de vie courante dans les apprentissages. AeA : Comment voyez-vous l’avenir ? HS : Il faut qu’il y ait une volonté politique d’aplanir les désaccords entre Etat et syndicats sur la situation de l’éducation. Il faut trouver un consensus national sur l’éducation et arriver à établir un pacte social. Il faut notamment revoir la qualité de l’éducation primaire car beaucoup d’enfants sortent du système sans formation adéquate. Il faudrait mettre en place des filières de formation parallèles afin de garantir l’insertion dans la vie active de ces enfants. |