L’éducation préscolaire, un impératif mondial

Les bénéfices conférés par l’éducation de la petite enfance (Early Childhood Care and Education – ECCE) sont aussi nombreux que documentés.  Celle-ci développe les capacités d’apprentissage des enfants, améliore leur niveau et performances, leurs chances de compléter les cycles primaire et secondaire, facilite l’intégration dans la société, stimule la productivité et la croissance. Et ce n’est pas tout : l’accès à une éducation préscolaire réduit significativement le risque de redoublement et d’abandon, de délinquance juvénile, d’incarcération, et contribue à lutter contre le cercle vicieux de la pauvreté perpétué entre les générations dans les familles les plus défavorisées.

Or, alors que l’ECCE fait partie des investissements les plus précieux et intelligents que les gouvernements et bailleurs privés puissent faire, nous faisons face à une situation délicate où près de la moitié des enfants de ce monde n’ont pas accès au préscolaire. Celui-ci est en particulier extrêmement limité dans des régions telles que l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, l’Asie occidentale et l’Asie du sud. En règle générale, à l’heure actuelle, les pays qu’ils soient développés ou en voie de développement ne sont pas capables de fournir des services préscolaires de qualité aux enfants. Ces services sont encore plus rares et plus médiocres pour les 0-3 ans.

L’exemple remarquable des Seychelles en matière de préscolaire

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Qui donc parmi les pays du monde peut être considéré comme à l’avant-garde ? Soyez-en surpris ou non, mais la République des Seychelles, un archipel de 115 îles de l’Océan Indien à l’est du continent africain, fait partie des leaders mondiaux en matière d’éducation préscolaire. Qu’il s’agisse du personnel politique ou des experts, tous sont mobilisés pour assurer le développement holistique de l’enfant dès la période précédant la naissance.

Apprendre comment le pays en est arrivé à faire de l’ECCE une priorité peut constituer un exemple puissant pour influencer les autres pays. Mme Choppy, qui dirige actuellement l’Institute for Early Childhood development (IECD) fondé en 2013 pour coordonner le développement de la petite enfance aux Seychelles pour les enfants entre 0 et 8 ans, explique sa vision des choses.

« À l’époque de la conférence mondiale de l’UNESCO sur l’ECCE en 2010, les Seychelles progressaient lentement et de façon non coordonnée. Nous avons réalisé qu’il était crucial de travailler ensemble en s’engageant de façon formelle, notamment au niveau des ministères de l’Éducation, de la Santé et des Affaires sociales, ainsi que des gouvernements locaux. Nous avons bénéficié d’une volonté politique forte et de synergies entre les différents acteurs. Une fois le cadre mis en place, l’IECD est né pour assurer une mise en œuvre efficace. Alors que la plupart des autres pays semblent encore et toujours prioriser l’éducation primaire et secondaire, nous pensons que la petite enfance constitue le socle du futur de notre pays. Nous sommes désormais en mesure de partager nos expériences avec d’autres pays et de mener un mouvement vers l’universalisation du préscolaire. »

Aux Seychelles, le taux d’inscription en préscolaire a grimpé à environ 80%. Il s’agit-là d’un résultat à ne pas sous-estimer. Aide et Action mène, entre autres, des projets de petite enfance au Mali, à Madagascar et au Laos. Les taux de ces pays sont respectivement de 5%, 10% et 16%.

Partager les bonnes pratiques au-delà des frontières

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L’engagement des Seychelles pour la petite enfance a, depuis, largement dépassé les frontières nationales. En février 2017, le pays a organisé la Première conférence internationale sur l’ECCE en présence de 18 autres pays pour partager connaissances, expériences et bonnes pratiques. Aidée par le support technique du Bureau international de l’éducation de l’UNESCO, la conférence a eu pour thème « L’établissement de systèmes résilients de la petite enfance : enseignement tirés ». Au total, 350 délégués régionaux et internationaux  ont participé, incluant des experts des nombreux domaines touchant aux services holistiques de l’ECCE – l’éducation, les neurosciences, la santé, la nutrition, le droit, les affaires sociales, l’eau, les droits des femmes et de l’enfant.

Cet évènement d’envergure exceptionnelle pour la pratique mondiale de la petite enfance a permis aux différentes personnes présentes de partager les meilleures pratiques issues des expériences de mise en œuvre de systèmes holistiques de la petite enfance dans les différents pays concernés. Les délégués venaient d’horizons divers : secteur public, privé, société civile, universités, monde de la recherche, praticiens et responsables politiques.

À l’issue de la conférence, les Seychelles ont été désignées par l’UNESCO « best practice hub » pour l’éducation de la petite enfance, récompensant et mettant en exergue les avancées remarquables du pays en la matière, un exemple à suivre pour tous les autres pays. Quels seront les prochains sur la liste des « best practice hubs » en matière de préscolaire ? L’avenir le dira, mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour encourager et pousser les gouvernements à s’engager pour le développement l’éducation des plus jeunes. Pour que chaque enfant puisse avoir accès à des services de qualité et conserver toutes ses chances pour la vie, nous devons redoubler nos efforts.

*Source : ‘Building effective early childhood education systems is a global imperative’, Global Partnership for Education, 4 May 2017 (lien)