L’enseignement en langue maternelle : une nécessité pour la réussite de tous

 

La notion même d’une éducation de qualité pour tous implique que chaque enfant apprenne dans une langue qu’il comprend. Pourtant, près de 40% de la population mondiale n’a pas accès à l’enseignement dans sa langue maternelle, en particulier dans les régions à plus forte diversité linguistique, telles que l’Asie, l’Afrique subsaharienne et le Pacifique. Une situation qui a de lourdes conséquences sur l’avenir des enfants concernés. A l’occasion de le Journée internationale de la langue maternelle, nous vous proposons d’examiner de plus près cette question.

Au Cambodge, au Laos ou au Vietnam, les cas d’échecs scolaires concernant les enfants locuteurs de langues minoritaires se multiplient. Phet, est un exemple parmi d’autres. Cette jeune mère laotienne est issue de  l’ethnie Khmu. «Quand j’ai commencé à aller à l’école primaire, j’ai immédiatement eu des difficultés parce que les enseignants utilisaient la langue lao que je ne comprenais pas et ne parlais pas. Eux ne pouvaient pas parler ma langue, le Khmu. Je n’apprenais pas bien et je ne pouvais pas suivre le rythme, j’ai donc cessé d’aller à l’école peu de temps après avoir commencé », regrette la jeune femme.

Un obstacle supplémentaire

Pour que cette injustice soit enrayée, Aide et Action travaille auprès des minorités ethniques afin que la barrière de la langue ne soit pas un obstacle supplémentaire. En effet, beaucoup de ces communautés sont pauvres, isolées, vivent dans des zones dépourvues d’installations de base telles que des écoles et offrent peu d’opportunités d’emploi. Les conditions d’accès à l’éducation sont donc compliquées de fait. Mais lorsque les enfants parviennent tout de même à aller à l’école, ils sont confrontés à un environnement défavorable.

Les cours sont dispensés dans une langue qu’ils ne comprennent pas, les matériels d’apprentissage ne sont pas disponibles dans leur langue maternelle et l’enseignant ne parle pas leur langue. Dès le premier jour, ils accusent un retard majeur et, en conséquence, n’acquièrent pas les compétences de base en lecture, en écriture et en calcul. Leur estime de soi s’en trouve affectée et leurs chances de réussir leur scolarité sont compromises.

Un défi majeur

Depuis toujours, Aide et Action promeut l’éducation multilingue en tant que moyen d’améliorer les résultats de l’apprentissage et de donner vie à la diversité culturelle. Partout où c’est nécessaire, nous accompagnons les communautés afin que leurs systèmes éducatifs deviennent réellement inclusifs. Pour cela, nous formons les enseignants aux méthodes d’éducation bilingue, nous développons des supports pédagogiques adaptés à la langue de chaque communauté et nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités locales pour que ce sujet soit compris et intégré par tous.

Une autre initiative consiste à aider les communautés à développer des écoles maternelles afin que leurs tout-petits puissent maximiser leur développement au cours de cette phase de croissance importante, mais aussi s’habituer à un environnement scolaire en écoutant une langue différente (qu’ils apprennent presque sans effort à un si jeune âge). Ce procédé peut rendre la transition vers l’école primaire moins problématique et améliorer les résultats de l’apprentissage. Phet, la jeune maman laotienne en est convaincue : « En allant dans le centre préscolaire communautaire soutenu par Aide et Action, mon fils de 4 ans pourra éviter les problèmes de langue quand il ira au primaire. À ce stade, il aura suffisamment appris la langue lao pour communiquer avec les enseignants et ses amis, suivre le cours en classe et, éventuellement, avoir de meilleures chances de suivre des études supérieures », affirme-t-elle.