Accompagner les menstruations des filles pour renforcer leur assiduité en classe

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Crédits photos : Aide et Action

Au Bénin, de nombreuses écoles ne disposent pas de latrines, ni de points d’eau. Ce manque d’infrastructures sanitaires indispose de nombreuses filles en période de menstruations, poussant mêmes certaines d’entre elles à abandonner leur scolarité. À l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, Aide et Action revient sur son projet d’amélioration de l’hygiène et de l’assainissement dans les écoles, développé en partie pour répondre à cette problématique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’eau insalubre et le manque d’hygiène et d’assainissement de base occasionnent chaque année le décès de plus de 525 000 enfants de moins de 5 ans et causent pour de milliers d’autres des problèmes de santé et un retard de développement. Mais les conséquences se font également sentir au niveau scolaire, où les filles, plus impactées en raison des problématiques d’hygiène liées à leurs menstruations, manquent souvent les cours. Malheureusement, au Bénin, l’accès à l’eau potable et la présence d’infrastructures sanitaires sont loin d’être garantis pour la majorité des écoles en zones rurales.
Améliorer l’hygiène à l’école via des dispositifs adaptés
Pour changer la situation, le projet d’amélioration de l’hygiène et de l’assainissement dans les écoles au Bénin, mis en œuvre par Aide et Action en partenariat avec la Fondation Claudine Talon, a été développé au sein de 70 groupes scolaires répartis dans cinq communes (Adjarra, Avrankou, Aguégués, Porto-Novo et Sô-Ava). Bien accueilli par les écoliers, les parents d’élèves, les enseignants et les services déconcentrés de l’éducation, il a permis la réalisation de 87 blocs de latrines et l’installation de 62 postes de lave-mains. Le projet a également favorisé l’accès à l’eau potable par le raccordement direct de 18 écoles et plus de 2300 écoliers ont été sensibilisés aux questions d’hygiène et d’assainissement. Mais, ce sont les filles qui ont été accompagnées plus spécifiquement.

15,2% des filles ont manqué la classe à cause de leurs règles

En effet, en Afrique, l’éducation sexuelle est souvent taboue et elle l’est davantage en milieu rural. C’est pourquoi l’accompagnement des filles dans la gestion de leur hygiène menstruelle a été un volet important du projet. « Nous avons rencontré des difficultés au début de la mise en œuvre du projet dans mon école à cause de l’éducation sociale que les filles ont reçue, explique Hortense Saka, directrice à l’Ecole Primaire Publique Adjarra Centre. Mais en tant que enseignantes et mères, nous les avons amenées à en parler. Nous avons su surmonter ces difficultés. Par exemple, une élève qui était très réticente sur le sujet, a finalement intégré le groupe d’information et de sensibilisation et c’est à moi qu’elle se confie désormais. »

Une enquête sur la gestion de cette problématique en milieu scolaire dans les communes d’Adjarra, d’Avrankou et de Porto-Novo, a révélé qu’environ 15,2% des filles ont manqué la classe à cause de leurs règles. Les raisons principales de cet absentéisme sont les douleurs au bas-ventre (69%) et les moqueries des camarades (29%). Souvent surprises en classe par les saignements, les filles se retrouvent gênées avec des habits salis tandis que les écoles ne leur offrent aucun cadre pour se nettoyer en toute intimité. Le projet a donc intégré le caractère sexuel dans les plans de construction des blocs de latrines, en offrant un espace réservé aux filles et un autre réservé aux garçons. Cette intimité constitue un gage pour l’égalité et la non-discrimination dans les écoles.

Conseiller pour rassurer

Pour prendre en charge la question de l’hygiène féminine, des personnes ressources ont été identifiées et formées afin d’orienter les filles vers le dispensaire le plus proche. Ainsi, elles peuvent être examinées par un agent de santé qualifié et l’information peut être transmise aux parents pour qu’ils prennent les dispositions nécessaires. Ces personnes ressources prodiguent aussi des conseils pour une meilleure gestion de cette période, notamment sur les précautions à prendre et le respect strict des mesures d’hygiène. Les mères de famille sont également formées pour la maîtrise de la gestion de l’hygiène menstruelle de leurs filles. Le projet a permis la distribution de 640 kits de serviettes hygiéniques à 325 filles identifiées dans 50 écoles des communes d’Adjarra et de Kogbomè. Désormais, les filles sont informées et conseillées sur les menstruations et ne risquent plus l’abandon scolaire.

 

« Avant, lors de mes menstruations, j’utilisais des lambeaux de tissus comme protection hygiénique, témoigne Aline, élève en classe de CM2 à l’école Primaire Publique Adjarra. Mais il arrivait souvent que mon uniforme scolaire kaki soit tâché et j’étais alors obligée de revenir à la maison et de louper les cours de cette journée. Les camarades se moquent des filles quand la tenue scolaire est tâchée. Donc l’arrivée des règles me faisait peur et j’avais honte. Mais depuis que j’ai commencé à utiliser les serviettes hygiéniques en coton lavables et réutilisables, je n’ai plus peur en classe. Je les utilise aisément et après les cours, je rentre à la maison et je les lave. »