Au Cambodge: les règles provoquent l’abandon scolaire des filles en situation de handicap

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Crédit photo: Christine Redmond

À l’occasion de la Journée de l’hygiène menstruelle, ce 28 mai, nous souhaitons souligner la nécessité d’un investissement continu pour éliminer les obstacles qui empêchent les enfants marginalisés d’accéder à une éducation de qualité.

Il y a un peu plus de vingt ans, dans Cambodge rural, lorsque Chhorn Chanpheak a eu ses premières règles, elle a dû quitter l’école. Non seulement il n’y avait pas de toilettes à son école, mais celle-ci était à trois heures de marche de chez elle donc elle ne voulait pas prendre le risque d’être moquée en chemin. «J’avais peur que les autres élèves, en particulier les garçons, se moquent de moi en voyant le sang sur ma chaise et sur ma jupe», explique-t-elle.

Bien que ses années d’études soient loin derrière elle, Chanpheak est toujours témoin de la même gêne et de la même stigmatisation sociale que les menstruations peuvent susciter parmi les élèves. Enseignante pour enfants en situation de handicap à Phnom Penh, elle constate avec tristesse que l’arrivée des règles signifie souvent la fin de l’école pour presque la moitié de ses élèves.

Chanpheak enseigne à 18 élèves dont 44% sont des filles âgées de 15 à 25 ans. Son école dispose bien de toilettes, mais elles sont partagées par les filles et les garçons. Le fait de disposer des toilettes séparées à l’école peut être un facteur décisif dans la poursuite de l’éducation d’une fille après la puberté, car l’accès à un point d’eau et à un endroit pour disposer des produits menstruels est essentiel. Sans cela, le Partenariat mondial pour l’éducation indique que les filles peuvent manquer jusqu’à cinq jours d’école par mois ou abandonner complètement l’école. Pour les filles en situation de handicap, le risque d’abandonner l’école est de 50% selon Chanpheak.

Bien que peu de recherches quantitatives soient disponibles pour démontrer l’impact des menstruations sur la fréquentation scolaire ou l’inscription des filles en situation de handicap au Cambodge, l’enseignante Chea Seiha a également connu un taux d’abandon élevé parmi ses élèves féminines après leur puberté. Lorsque son école de Siem Reap a rouvert ses portes en octobre 2020 après les fermetures dues à la COVID-19, Seiha a rapporté que trois élèves sur 10 de sa classe mixte, âgées de 13 à 15 ans, n’étaient pas revenues parce qu’elles avaient commencé à avoir leurs règles.

Alors qu’un livret qui enseigne aux enfants comment rester en sécurité et respecter l’hygiène pendant la puberté est disponible dans les écoles publiques depuis près d’une décennie, il ne semble pas atteindre les enfants en situation de handicap. Alors que l’éducation à l’école sur le sujet serait précieuse, Seiha et Chanpheak pensent que l’éducation des parents devrait venir en premier. «Les parents n’encouragent pas leurs filles à aller à l’école parce qu’ils savent qu’elles ne peuvent pas se débrouiller seules», explique Seiha.

Au cours de ses dix années d’enseignement, Chanpheak a remarqué que ses élèves avaient les mêmes craintes qu’elle lorsqu’elle était petite fille – à savoir la peur des moqueries des garçons. Elle a également remarqué que leur humeur fluctue et affecte leur apprentissage en classe et qu’un manque de connaissances de base concernant les menstruations empêchait certaines élèves de s’occuper de leurs besoins d’hygiène de manière indépendante. C’est pour cela et bien d’autres choses encore, que les parents empêchent leurs filles d’aller à l’école.

L’enseignante suggère un certain nombre de solutions qui pourraient être mises en œuvre pour s’attaquer au problème: encourager les parents à parler de la puberté à leurs enfants; des toilettes séparées pour les filles dans les écoles; une éducation à l’hygiène menstruelle dans les écoles adaptées aux filles en situation de handicap ; une formation des enseignants sur la manière de soutenir ces jeunes filles en particulier pendant la puberté; et un groupe d’entraide d’étudiantes pour encourager le partage entre pairs.

Grâce à des enseignantes engagées comme Chanpheak et Seiha, Aide et Action, en partenariat avec Rabbit School Organization, une organisation locale à but non lucratif spécialisée dans l’éducation, identifie les besoins des enfants en situation de handicap à travers le Cambodge pour mieux comprendre comment construire des solutions d’éducation inclusive qui ne laisseronnt aucun enfant de côté.

En 2020, dans le cadre du Consortium cambodgien pour les enfants non scolarisés, en partenariat avec Educate A Child (EAC) – un programme mondial de la Fondation Education Above All – nous avons soutenu les besoins éducatifs de 489 enfants présentant des déficiences intellectuelles, dont près d’un tiers étaient des filles.