COVID-19 : L’éducation paie le prix fort

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Crédit photo: Christine Redmond

Crise des apprentissages, décrochage scolaire massif, hausse des inégalités, baisse des budgets éducation et de l’aide publique au développement… la pandémie de COVID 19  aura des conséquences néfastes et sur le long terme sur l’éducation. Au point que l’atteinte d’une éducation pour tous d’ici à 2030 est largement compromise.

Elle est encore loin d’être terminée et pourtant une chose est certaine : la pandémie de la covid 19 qui a brutalement mis à l’arrêt le monde contemporain ne sera pas uniquement une crise sanitaire.  En quelques mois à peine, elle aura réussi à toucher tous les secteurs, toutes les couches de la société, tous les pans de notre quotidien : nos habitudes, notre niveau de vie et nos emplois.

Une crise aux impacts multiples

L’éducation n’aura pas été épargnée. Pour limiter la propagation du virus, les gouvernements n’ont pas eu d’autres solutions que de fermer les écoles. Au plus fort de la crise, 1.6 milliard d’enfants ont été privés d’éducation, soit près de 91% de la totalité des jeunes scolarisés dans le monde. Et cette fermeture de plusieurs mois (toujours en cours dans certains pays) ne restera pas sans conséquence.

Bien sûr, dans l’urgence et la précipitation, et pour éviter un décrochage massif des enfants, les gouvernements ont développé les offres d’éducation alternatives, notamment l’enseignement à distance. En cela, la crise a été une opportunité intéressante d’imaginer l’éducation autrement. Mais pensé dans la précipitation, cet enseignement à distance n’aura été qu’une demie-solution, qui aura laissé de côté près de 500 millions d’enfants n’ayant ni ordinateur, ni l’internet ou tout simplement accès à des adultes capables de les accompagner et de les aider.

10 millions d’enfants pourraient décrocher

Ces nombreux mois d’interruption scolaires seront difficilement rattrapables. Ils viendront sans aucun doute aggraver la crise des apprentissage auquel le monde était déjà confronté avant le COVID, multipliant probablement le  nombre d’enfants ( 617 millions pré-COVID) incapables de lire ou d’écrire une phrase après avoir passé 5 ans sur les bancs de l’école.  Il faudra de plus compter avec des enfants probablement affectés par des mois d’isolement et de confinement, parfois dans des univers violents, privés de nombreux services essentiels comme l’accès à la nourriture, aux soins, à l’écoute, à des professionnels susceptibles de leur venir en aide. Dans cette situation, il est peu de dire que les enfants les plus vulnérables et les plus marginalisés seront les plus impactés par cette crise. D’où le risque aujourd’hui de voir ces enfants en situation de très grand précarité, et dont l’accès à l’école avait déjà été compliqué,  ne jamais revenir sur les bancs de l’école. Dans son dernier rapport « Save our education », Save The Children estime que 9.7 millions d’enfants pourraient ainsi ne jamais revenir à l’école en raison de la hausse de la pauvreté suite  à al pandémie de COVID.

L’éducation pour tous ne sera plus atteinte en 2030

Avec de telles perspectives, l’atteinte et la réalisation de l’Objectifs de Développement Durable n°4 qui prévoyait 12 années d’éducation gratuite pour tous les enfants d’ici à 2030 est largement compromis. Avant la crise de la covid 19, l’UNESCO alertait déjà sur la stagnation du nombre d’enfants non-scolarisés. La crise de la COVID n’aura en rien amélioré les choses : 12 pays sont aujourd’hui déjà identifiés comme ayant reculé dans l’atteinte de l’ODD4. Il est fort à craindre qu’ils n’auront désormais ni les moyens financiers ni humains de redresser la pente. Dans les deux prochaines années, il pourrait manquer jusqu’à 77 milliards de dollars dans les pays à faible et moyen revenir pour financer l’éducation. Les pays en développement n’en auront sans aucun doute pas les moyens. Ils ont subi de plein fouet la crise  et  devront prendre des mesures radicales pour sauver l’économie. L’éducation ne sera donc probablement pas une priorité, d’autant qu’ils doivent déjà assumer les pertes massives dues à la fermeture des écoles ( les dépenses engagées pour 2020 sont perdues) et  les investissements urgents des derniers mois pour développer les méthodes d’enseignement alternatifs.

L’aide à l’éducation en chute de 12% dans les années à venir

Les grands pays donateurs sont donc attendus pour  donner un nouveau souffle à l’éducation. Mais force est de constater qu’eux aussi se trouvent dans une bien mauvaise posture. La crise n’a épargné personne et a provoqué une contraction de l’économie mondiale telle que bon nombre d’experts la juge aujourd’hui parmi les plus graves depuis la Seconde Guerre Mondiale. Avec le budget public sous pression, les gouvernements privilégieront la santé et l’économie, plus que dans l’éducation. Grosse Erreur, pourrait-on leur rétorquer et pourtant il semble bien que l’on s’oriente bien vers un tel scénario comme l’explique l’équipe du GEM Report dans sa dernière analyse : l’aide à l’éducation, après avoir atteint un plus haut historique en 2018, devrait baisser de 12% d’ici à 2022 et diminuer de deux milliards de dollars. L’accès de tous les enfants à une éducation de qualité pourrait donc bien rester une chimère encore pendant plusieurs années, voire des décennies d’autant que la communauté internationale ne semble pour l’heure pas avoir compris l’importance que la pandémie a provoqué en éducation. L’insuffisance criante de mesures visant  à assurer une éducation de qualité à tous les enfants et les jeunes, y compris les plus vulnérables et marginalisés, à soutenir les enseignants et à veiller à ce que personne ne soit laissée pour compte en sont la preuve indéniable.