Non, l’éducation ne peut plus attendre

Publié dans Anlässe,News

Lorsque l’on connait les difficultés et tragédies personnelles que rencontrent les familles traversant une crise humanitaire, l’on sait qu’il n’y a plus de temps à perdre. Le contexte de crise empêche ou complique souvent l’accès des enfants à une scolarité normale, faisant de l’éducation une urgence absolue.

En moyenne, les conflits dans les pays à faible revenu durent douze ans, et les déplacements qui s’ensuivent peuvent durer jusqu’à dix-sept ans. Les enfants sont enfermés dans le cercle vicieux des catastrophes : guerres, urgences humanitaires, crise de la gouvernance, et catastrophes naturelles leur ferment les portes de l’école, et donc la possibilité de vies prospères et paisibles.

Dans un tel contexte, il convient de louer et d’encourager avec force les efforts du Fonds « L’Éducation ne peut plus attendre » pour lancer une campagne d’envergure mondiale visant à stimuler le financement de l’éducation. Les partenaires opérationnels qui le constituent, dont le Partenariat mondial pour l’éducation, ne cessent de mettre l’accent sur la gravité de la situation, qui voit actuellement 75 million d’enfants entre 3 et 18 ans déscolarisés dans 35 pays touchés par les conflits.

Des ambitions de collecte à la hauteur des enjeux

Le Fonds prévoit un budget de 150 millions de dollars pour sa première année, avec l’objectif à long terme de réunir les 3.8 milliards de dollars qui lui permettront de toucher plus de 34 millions d’enfants sur une durée de cinq ans. Le Fonds compte déjà sur l’engagement des États-Unis, le Royaume-Uni, la Commission européenne, les Pays-Bas et la Norvège. D’autres promesses de financement sont attendues au moins de septembre, suite à de nombreux appels.

Parmi les financements attendus ou à espérer, l’on compte des donateurs dont l’historique de soutien à l’éducation est encore vierge. Face à l’immensité du challenge posé par la crise globale des réfugiés, nombreux sont ceux qui envisagent d’utiliser une partie de leur budget humanitaire au profit de l’éducation, reconnaissant dans ce secteur tout le potentiel qu’il a d’assurer le développement de société stables et prospères. Le Fonds vise également des partenariats avec le secteur privé.

Lors des quinze dernières années, le secteur global de l’éducation a réussi à donner l’accès à l’éducation aux enfants hors des situations de crise. La tâche à venir pour la prochaine décennie consiste à résoudre un problème encore bien plus coriace : donner l’accès à l’éducation à ceux qui vivent dans des pays fragiles et touchés par les crises et les guerres, soit environ 30% des 263 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire ou secondaire, qui sont actuellement déscolarisés.

« L’Éducation ne peut plus attendre » a le potentiel de concentrer les ressources pour faire face à cet énorme défi, et ainsi se rapprocher de la vision de la communauté internationale : celle d’un monde où une éducation inclusive et de qualité est ouverte à toutes et tous.

On le sait déjà, l’éducation ne figure pas en première place des priorités de l’agenda humanitaire global : 2% de l’aide y sont seulement consacrés. Mais c’est bien là le potentiel du Fonds : faire fondre l’artificielle cloison entre le secteur humanitaire et celui du développement. L’éducation, notamment en situation d’urgence, se situe bel et bien à cheval entre ces deux mondes.

Créer un pont entre l’aide humanitaire et le développement traditionnel

Les efforts combinés des différents partenaires impliqués vont permettre l’accès à des formes de soutien plus viables, notamment vis-à-vis de situations de crise larvée. Le PME, qui a consacré, en 2015, plus de 60% de son soutien financier aux pays fragiles et en situation de crise, doit jouer un rôle central dans l’élargissement de la vision globale humanitaire vers une vision de développement.

« L’Éducation ne peut plus attendre » a enfin un autre rôle, qui est de renforcer les efforts du PME et d’autres groupes globaux pour la promotion de l’éducation, menés depuis plusieurs années, pour montrer à quel point l’éducation est précurseur du progrès dans quantité d’autres secteurs du développement, dont la santé, l’économie, l’égalité des genres, et la réduction des conflits.

Les enjeux sont de taille et le temps se fait précieux. Mais n’oublions pas qu’avant tout, ce sont ces enfants dont les possibilités de vie sont ruinées par les conflits et les guerres qui ont besoin d’aide. « L’éducation ne peut plus attendre » n’est qu’un relais, mais un relais très important. L’on ne peut plus attendre, les bras croisés, que ces enfants aient enfin accès à une éducation : il faut aller vite, et bien s’y prendre, pour faire du monde une grande école ouverte à tous.

Source : Partenariat mondial pour l’éducation (article)