« Désormais, nous parlons deux langues ! »

Alors qu’il nous attend à l’entrée de sa salle de classe, Phu Vang Sao a le sourire. « Les enseignants montrent une grande assiduité, et beaucoup de volonté à apprendre une autre langue. Certains d’entre eux sont déjà capables de chanter des chansons avec les enfants H’mong. » Au cœur d’une salle de 30 mètres carrés, dans un été caniculaire, les enseignants suivent les cours et prennent note d’une pléthore de nouveaux termes ; ils rient parfois de plaisanteries racontées en langue H’mong.

Ces 30 enseignants d’origine Kinh, jeunes et pleins d’enthousiasme, ont été nommés dans la province montagneuse de Lai Chau pour dispenser une éducation de qualité aux enfants, issus pour leur part principalement de minorités ethniques. La communication n’a pas toujours été simple, surtout au départ, lorsque ces enseignants ont réalisé qu’ils ne comprenaient pas ce que disaient les enfants.

« Dans ma classe, presque tous les enfants parlent H’mong et ne connaissent que quelques mots très simples en vietnamien. Du coup, il m’est très difficile de leur faire apprendre les leçons. Je finis souvent la journée épuisée car je dois constamment répéter les choses, et de différentes façons, pour essayer de leur communiquer le sens des phrases, » rapporte Doan Thi Diu, une jeune enseignante de primaire.

Surmonter la barrière linguistique

Dans la zone d’intervention d’Aide et Action, 90% des enfants sont issus de la minorité H’mong, contre seulement 5% des enseignants. Pendant leur formation, ces enseignants n’apprennent pas les langues des minorités et il n’existe aucun curriculum prévu à cet effet. Cela contribue à créer une barrière linguistique parfois éprouvante qui maintient une distance entre élèves et enseignants, entravant les progrès des élèves et contribuant à un fort taux d’abandon scolaire.

Dans le cadre du projet d’Aide et Action à Lai Chau, une formation à la langue H’mong a été organisée pour les enseignants. 30 enseignants issus des écoles maternelles et primaires des communes de Ta Leng, Nung Nang et Khun Ha ont étudié la langue H’mong afin de mieux communiquer avec leurs élèves. Les différentes séances de formation durent entre 2 et 5 jours suivant la complexité du module, et ont lieu durant les 5 semaines de pause estivale.

Des enfants qui osent davantage s’exprimer

Au final, ce sont les enfants qui bénéficient le plus de cette activité. Une meilleure communication leur donne la confiance nécessaire pour s’exprimer davantage en salle de classe. Aussi, pendant l’été, ils suivent des cours de vietnamien. La barrière de la langue sera bientôt complètement surpassée. « C’est toujours intéressant d’apprendre une autre langue et dans ce cas, les enfants auront beaucoup plus de facilités à communiquer. Le H’mong n’est pas très difficile à apprendre si l’on est prêt à s’investir et y consacrer du temps. J’y ai pris beaucoup de plaisir, » raconte Vu Thanh Quang, un jeune enseignant de primaire en formation.

« C’est plus facile de parler aux professeurs. Je peux leur poser des questions sur les sujets que je ne comprends pas, » explique Giang A Phu, jeune élève de l’école primaire de Khun Ha.

La formation au H’mong dispensée aux enseignants dépasse le simple cadre linguistique et aborde également la culture et les traditions locales. Aide et Action contribue ainsi à protéger l’héritage culturel de la communauté H’mong, qui risque autrement de se déliter.

Parmi les élèves, l’on observe déjà un taux d’abandon scolaire en baisse et des résultats en nette amélioration. À noter qu’en plus d’une meilleure communication avec leurs professeurs, les enfants ciblés par le projet ont également accès à des repas plus équilibrés, grâce à la rénovation de cuisines et l’aménagement de jardins potagers. Cela leur garantit un meilleur développement, une meilleure santé et la capacité de mieux assimiler ce qu’ils apprennent.

*Pour en savoir plus sur notre projet à Lai Chau, consultez la page du projet sur le site d’Aide et Action Vietnam (en anglais).