Les familles, ces bailleurs de fonds cachés de l’éducation dans le monde

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Une chose est certaine, il y a encore beaucoup à apprendre sur le financement de l’éducation. D’où vient l’argent? Où va-t-il ? Est-il dépensé de manière efficace ? Des esquisses de réponses à ces questions apparaissent dans des données récentes de l’Institut de statistique de l’UNESCO, qui révèlent cependant que les enquêtes gouvernementales les plus robustes restent sourdes à une part cruciale du financement de l’éducation : l’argent dépensé par les familles pour l’éducation de leurs enfants.

Les données l’ISU traitent des différents indicateurs suivis pour l’ODD 4, aussi bien thématiques que globaux. Elles ajoutent en outre des indicateurs mesurant les dépenses des ménages pour l’éducation, révélant par la même occasion que la gratuité de l’éducation de base reste un grand défi pour le monde d’aujourd’hui.

Les données réunies font l’inventaire des dépenses des ménages relatives à l’éducation primaire, secondaire et supérieure et incluent non seulement les frais d’inscription et de matériel scolaire mais également le coût des uniformes et autres dépenses cachées. Il en ressort une crainte : celle que les enfants et jeunes les plus pauvres ne puissent pas faire valoir leur droit à l’éducation de base.

Des dépenses élevées pour le primaire, et encore davantage en secondaire

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Un aperçu des pays pour lesquels les données sont disponibles montre que les dépenses des parents restent importantes au primaire. Une nouvelle inquiétante, lorsque l’on sait que l’ODD 4 a pour finalité la gratuité de l’éducation primaire et secondaire pour tous les enfants du globe.

La forte pression sur les familles pour qu’elles assurent elles-mêmes le financement de l’éducation de leurs enfants peut entraîner l’abandon scolaire de ceux-ci, ce qui équivaudrait à les vulnérabiliser fortement, rendre leur avenir incertain, et remettre en question la réalisation de l’ODD 4.

Les dépenses ont tendance à s’envoler avec l’entrée des élèves en secondaire. En Côte d’Ivoire par exemple, celles-ci grimpent jusqu’à 637 dollars par an, soit quatre fois (!) le coût de l’éducation primaire. Au Bénin, les familles vont jusqu’à dépenser davantage que le gouvernement lui-même (402 dollars par an en moyenne contre 259 pour le gouvernement) !

Dans les pays en développement, les parents paient plus pour l’éducation de leurs enfants que dans les pays développés

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Le rapport confirme également que les ménages des pays en développement dépensent beaucoup plus pour l’éducation de leurs enfants (proportionnellement au PIB par habitant) que leurs homologues des pays développés – situation paradoxale s’il en est. Bien sûr, cela confirme aussi leur fort engagement pour assurer une éducation à leur descendance. Mais les inquiétudes demeurent vis-à-vis de la réalisation de l’ODD 4.

Au Bénin, au Chad, en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Niger, les dépenses des familles en matière d’éducation atteignent 20 à 25% du PIB moyen par habitant de ces pays – une proportion titanesque qui dépasse très largement celle des pays développés, laquelle ne dépasse mais la barre des 5%.

À noter que l’IUS prépare un autre document, qui met en lumière les méthodes de collecte d’informations sur les dépenses des ménages pour l’éducation à travers le monde et explique pourquoi il est difficile de faire des comparaisons entre pays. Les résultats seront pris en compte par l’IUS, la Banque mondiale et d’autres partenaires pour le développement de directives pour la collection de données relatives aux dépenses des familles en matière d’éducation.

Source : Partenariat mondial pour l’éducation, 2 juin 2017 (lien)