Journée Internationale des Femmes : leurs droits menacés par la COVID-19

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2020 aurait dû être une année de célébration des droits acquis pour les femmes au cours des deux dernières décennies. À la place, elle restera dans les annales comme l’année qui enregistre l’un des plus grands reculs en matière de droits humains. En cause : la pandémie de la COVID-19 qui a fait des femmes les premières victimes de la crise sanitaire, économique et sociale.  

Bien que l’égalité des genres n’ait jamais été atteinte par aucun pays, les deux dernières décennies ont tout de même été le théâtre d’améliorations notables en matière de droits des femmes : elles ont notamment eu un meilleur accès aux soins, à l’éducation et au marché de l’emploi. Ainsi au cours des 25 dernières années, 180 millions de filles ont été inscrites à l’école primaire et secondaire, les grossesses précoces ont baissé d’un tiers entre 1995 et 2020, passant de 60 à 40 naissances pour 1000 femmes entre 15 et 19 ans. Et la part des femmes mariées avant l’âge de 18 ans entre 20 et 24 ans a chuté de 25% en 1995 à 20% entre 2013 et 2019. Mais la pandémie de la COVID-19 et les mesures de confinement ont  sérieusement mis à mal ces acquis et risquent aujourd’hui de les faire disparaître.

Les droits des femmes en recul suite à la pandémie

Les impacts économiques, sociaux et politiques de la crise ont eu un impact violent, dans tous les pays,  sur les femmes et les filles. A commencer par l’emploi. Travaillant beaucoup dans le secteur de la santé, les femmes (elles représentent 70% des travailleurs de la santé) ont été immédiatement plus exposées au virus et à une surcharge de travail, entraînant un surplus de fatigue physique et mentale. Sur le marché mondial de l’emploi, les femmes occupent encore le plus souvent des emplois à court terme, à temps partiel, voire dans l’économie informelle. De fait, le confinement général leur a immédiatement fait perdre toute source de revenu. Une étude d’ONU Femmes estime qu’en 2021, du fait des suppressions d’emplois liés à la COVID-19, plus de 47 millions de femmes et de filles ont dû vivre avec moins de USD 1,90 dollars par jour, portant le nombre de femmes vivant dans la pauvreté extrême à 435 millions. Dépourvues d’assurance ou de protection sociale, ces femmes se sont retrouvées dépendantes financièrement des hommes, isolées à la maison ou forcées de se prostituées pour survivre.

Dans ce contexte de confinement et de mesures de distanciation, elles ont, conformément aux normes sociales et idéologiques qui prévalent, écopées de l’ensemble des tâches domestiques et de la garde des enfants. Avec l’arrêt des services de base, elles ont perdu toute possibilité d’accéder aux soins et aux plannings familiaux, entraînant ainsi une hausse des grossesses non désirées et des avortements à risque, ainsi qu’à tout centre d’assistance et de soutien. La pandémie de la COVID-19 a ainsi mis à mal les efforts engagés pour lutter contre le mariage précoce : plus de 13 millions de filles de moins de 18 ans pourraient être mariées de force entre 2020 et 2030. Les périodes de confinement ont par ailleurs été propices à l’augmentation des violences à l’égard des femmes dans la quasi-totalité des pays. La pandémie de la COVID-19 a donc révélé et renforcé les inégalités de genre pré-existantes. Si des mesures majeures sont prises aujourd’hui, elle pourra néanmoins être une opportunité unique pour reconstruire un monde plus juste et durable.

L’éducation, clef des droits des femmes

Pour Aide et Action, la pandémie de la COVID-19 est une opportunité unique de transformer durablement la société, notamment grâce à l’éducation des filles et des femmes. Garantir dès aujourd’hui l’accès des filles à l’éducation est une clef sans pareille pour éviter la perte des acquis mais aussi pour accroître l’accès des femmes à l’ensemble de leurs droits.  L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage de savoir-être ou de savoir-faire permettant d’obtenir un meilleur emploi, elle garantit également l’accès des filles à  la nourriture, aux soins, à l’écoute et à l’assistance ; elles y apprennent leurs droits ainsi qu’à exercer leur citoyenneté et leur esprit critique, devenant ainsi de véritables actrices de changement.

Des investissements majeurs et des initiatives innovantes

Dans ce contexte de post-crise particulièrement alarmant pour les droits des femmes, la priorité est donc de garantir la réouverture de toutes les écoles dans des conditions sanitaires acceptables (ce qui implique la construction dans chaque établissement de latrines pour filles et garçons et l’accès à l’eau potable), de distribuer des bourses scolaires aux familles les plus démunies afin d’éviter le retrait des filles de l’école, de mettre en place des cours de soutien pour que les filles aient la possibilité de rattraper le retard accumulé au cours des derniers mois et de leur assurer un accès aux outils numériques dont elles sont aujourd’hui largement privés. Ces objectifs seront bien sûr inatteignables sans financement adéquat. Or à l’heure actuelle, les droits des femmes et des filles restent encore largement sous-dotés en financement tout comme le secteur de l’éducation, qui n’a reçu que 0,78% des financements dédiés à la situation post-crise. Deux évènements majeurs, affichant une priorité pour l’éducation des filles, sont attendus en 2021, à savoir le Forum Génération Egalité en juin et  le sommet du G7 sous présidence anglaise en juillet. Ils devront être la scène d’investissements majeurs et de développement d’initiatives innovantes et multisectorielles pour faire des droits des femmes une réalité ici et maintenant. Attendre n’est plus possible.