Rukmini Rao, figure clé du mouvement des droits des femmes

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Élue «Femme de l’année» par le magazine indien The Week en 2014, Rukmini Rao est une militante clé des droits des femmes en Inde. Pour Aide et Action, dont elle a rejoint le conseil d’administration en 2011, elle évoque son programme « le Gramya Resource Center for Women », soutenu par notre association.

Aide et Action: Qu’est-ce que le Gramya Resource Center?

Le Gramya Resource Centre a été créé en 1993 pour promouvoir les droits des femmes et les droits des petites filles. L’un de nos programmes consistait à fournir une éducation aux enfants travailleurs par le biais des pensionnats. Nous avons hébergé une centaine de jeunes filles, âgées de 9 à 14 ans, de la communauté de Lambadi, une communauté indigène très désapprouvée par la société indienne et victime de déplacements forcés. Leurs parents sont marginalisés sur le plan économique, sont parfois alcooliques et n’ont pas les moyens de s’en occuper. Pour survivre, ils migrent vers les régions voisines à la recherche de travail pendant trois ou quatre mois chaque année. Les familles vivent dans des conditions difficiles et dorment parfois sur le sol dans des étables. Ce ne sont pas des conditions pour les enfants qui manquent également l’école. Alors les parents nous confient leurs enfants et reviennent les voir pour les vacances. En plus de l’internat, nous réalisons des activités de sensibilisation et d’accueil avec des enfants âgés de 0 à 14 ans, dans 15 villages. Avec Aide et Action, nous avons également initié les enfants au parrainage. C’est l’occasion d’ouvrir des dialogues avec ces jeunes sur la situation des femmes, d’expliquer ce qu’est une société démocratique, d’aller vers plus d’égalité, plus de justice. Toutes ces activités sont menées par des bénévoles : 2 hommes et 14 femmes, dont plusieurs ont également subi les horreurs de la discrimination à l’égard des femmes fondée sur le système des castes.

Aide et Action: D’où vous est venue l’idée d’un tel programme?

En 1997, une ami et moi avons reçu un appel téléphonique anonyme pour nous faire savoir que des bébés filles étaient sur le point d’être tuées et que de nombreuses petites filles disparaissaient dans la région d’Hyderabad. Nous sommes immédiatement intervenus et avons pu sauver 2 bébés de l’âge de 9 jours. Nous avons immédiatement demandé une enquête au gouvernement et il a constaté que les meurtres de petites filles étaient très courants et connus de tous dans la région.

Aide et Action: Comment avez-vous lutté contre une telle discrimination?

Pour protéger les jeunes filles, nous pensions que leur donner accès à l’éducation était la seule solution. Nous avons donc appelé le gouvernement à rouvrir toutes les écoles qui étaient largement dysfonctionnelles dans la région. Nous organisons nous-mêmes des cours le soir. Nous avons également créé des comités de mères, dans une dizaine de villages au départ, afin de rendre les femmes plus fortes et plus autonomes. Ce n’était pas facile au début car les femmes elles-mêmes ont refusé ce genre d’initiative…. Et puis les mentalités ont changé: aujourd’hui les filles ne sont plus mariées avant l’âge de 18 ans, contre 12 auparavant, et elles ne sont plus obligées de travailler. Bien sûr, tout n’est pas rose. Aujourd’hui, il y a un manque flagrant de filles par rapport aux garçons (pour 1000 garçons de moins de 6 ans, seules 834 filles survivent). Malgré cela, il existe une demande de dot de la part des familles des filles lors du mariage. Avoir une fille n’a donc pas beaucoup d’intérêt pour les parents, encore moins l’envoyer à l’école. Les femmes et les épouses sont souvent punies, abusées par leur belle-famille, surtout si elles ne tombent pas enceintes rapidement ou donnent naissance à des filles. L’impact psychologique pour toutes ces femmes est terrible et nous devons travailler avec elles pour renforcer leur confiance et combattre les stéréotypes de genre. Mon objectif et celui de notre organisation est l’égalité des sexes et la justice pour tous, bien sûr, ce sont des objectifs à très long terme et il reste encore beaucoup à faire.