Travailleuses du sexe à Delhi : Aide et Action les aide à retrouver confiance et espoir

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Un projet mené en partenariat avec l’association Prayas en Inde permet à Aide et Action de soutenir et d’accompagner les femmes travailleuses du sexe vivant au cœur de New Delhi. Réduites au statut d’esclaves, privées de tout droit, elles reprennent progressivement espoir et confiance grâce à un centre d’accueil et de soutien qui prend soin de leurs enfants.

Jyothi  est à peine âgée d’une trentaine d’années. Elle est extrêmement belle, brune, avec la peau mat mais elle garde sur son délicat visage les traces d’une vie de souffrance. Son histoire, qu’elle raconte les yeux baissés et emplis de larmes, est déchirante et pourtant, elles sont des milliers de femmes en Inde à avoir la même. «  J’ai été achetée vers l’âge de 12/13 ans par un proche de la famille car mes parents n’avaient pas de quoi nous élever avec mes frères et sœurs. Je suis devenue une prostituée, achetée et revendue sans cesse ». Jyothi fait partie de ces centaines de femmes exploitée en plein cœur de New Dehli, dans le quartier de GB Road, où les proxénètes font la loi. Les femmes, privées de tout droit, sont enfermées dans des chambres, souvent attachées,  et accueillent jour et nuit leurs clients. Impossible de sortir sans autorisation, sans aucun argent, elles sont à la merci de leurs propriétaires et n’ont aucune chance ou presque de quitter cette prison à ciel ouvert, tant le reste de la société indienne les condamne et les rejette pour « une mauvaise vie », qu’elles sont pourtant loin d’avoir choisies.

Des enfants victimes et traumatisés

Les enfants qui naissent de leurs rencontres avec les clients sont tout autant victimes, les proxénètes les laissent avec leurs mères et ces derniers sont contraints d’assister nuit et jour aux scènes affreuses qui se déroulent dans les chambres. Ils sont souvent mal nourris, peu soignés et en grande souffrance psychologique. Avec le soutien d’une association indienne Prayas, Aide et Action a ouvert un centre d’accueil et d’activités pédagogiques pour prendre en charge ces enfants jour après jour et l’a intitulé « Pahal, l’initiation ».

Un centre d’accueil pour sauver ces enfants et soulager les mères

L’équipe du projet va chercher les enfants le matin et les ramène le soir. Progressivement, les mères voient leurs enfants revenir chaque soir en meilleure santé, heureux d’aller chaque jour dans le centre pour jouer, apprendre, échanger et manger chaud au moins une fois par jour. Le centre d’accueil est source de joie et de réconfort pour les enfants, mais il redonne également espoir aux mères en sortant leurs enfants d’un milieu extrêmement dangereux et traumatisant « Notre but est de créer un rapport de confiance avec ces femmes. Nous ne les jugeons pas, nous sommes là pour elles, pour les soutenir et les aider quand nous le pouvons. Les  proxénètes ne nous voient pas forcément d’un bon œil, mais ils nous tolèrent, ils ne sont pas forcément menaçants avec le centre car il ne remet pas en cause le marché ni le trafic de femmes. » explique le directeur du centre. Des internats sont progressivement créés par notre partenaire Prayas loin de Dehli pour extraire ces enfants du milieu sordide où ils évoluent  et pour leur donner une chance véritable de s’en sortir. Après des années d’enfer, Jyothi, elle, est sortie de ce milieu. « Je suis tombée amoureuse d’un des clients quand j’avais 28 ans. Il a tout fait pour me sortir de là et a du payer une très grosse somme d’argent. A trente ans, je n’avais plus tellement de valeur pour ce milieu, j’étais trop vieille. Aujourd’hui, je suis mariée, j’ai deux enfants… et je veux aider d’autres femmes qui ont subi la même chose que moi ». Mais le chemin sera long et difficile tant ces femmes sont abandonnées de tous et surtout des autorités indiennes. Surnommées « sœurs » par l’équipe du projet, ces travailleuses du sexe, à Delhi, ont également retrouvé leur estime de soi avec « Pahal ».